Les couples exhibis: “Z’avez besoin d’aide?”

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L’amour dans tous les coins: super! Mais, au risque de sembler bigote, j’essaie de ne pas imposer mes galipettes aux passants. J’attends que les tripoteurs des bancs publics en fassent autant. Un peu de pudeur, ça ne tue pas le plaisir…

Quand je fouillais dans mon nez, en classe, le pion me demandait: “Tu veux mon doigt?” Hier, j’étais bien tentée de faire la même remarque au couple en chaleur qui se retrouvait après une longue séparation dans le hall de l’aéroport. On aurait dit qu’ils s’inspectaient mutuellement l’œsophage pour vérifier que l’un ne s’était pas fait une bonne bouffe sans l’autre. C’était un peu comme dans La mutante, quand la langue de Natasha Henstridge traverse le crâne de celui qu’elle embrasse.

A moitié couchés sur les bagages, je commençais à les trouver lourdingues alors qu’au début, leur enlacement
sauvage m’avais plutôt placée dans une humeur romantique. Finalement, la mère de la fille-revenante est arrivée en zigzaguant entre les charrettes et en poussant des “Valérie, ma chérie!” suraigus. Bon, visiblement, la Valérie était partie depuis longtemps: tolérance.

Non, je n’ai pas viré coincée! Mais je venais de mettre mon Martin dans l’avion pour Toronto (“Le tournage de sa vie”, comme éclairagiste… no comment). La perspective d’un mois sans câlin ça effrite légèrement ma bienveillance, je l’avoue.

En public, mais cachés

Je ne suis pas toujours indulgente avec les couples exhibis. Le problème, c’est que mon radar interne les détecte illico. Déformation professionnelle sans doute: quand on a appris à se cacher n’importe où pour faire des cochonneries, on
remarque tout de suite ceux qui ne se donnent pas cette peine. Je trouve qu’un couple a bien raison de s’envoyer en l’air dans des endroits insolites. Les amoureux qui se font surprendre dans un bosquet ou dans une cabine d’essayage ont toute ma sympathie. Par contre, quand c’est vraiment pour se montrer, ça m’énerve! Le jour où des vieux m’ont dit: “Hé, il y a des hôtels pour ça!” alors que j’entreprenais goulûment mon cousin à l’Aqualibi (1), j’ai réalisé que je n’avais pas à imposer mes ébats à des inconnus. Il y a selon moi un équilibre à trouver entre la montée du désir due au risque de se faire surprendre et le fait de faire l’amour (ou engager de sérieux préliminaires) devant des gens qui n’ont rien demandé. C’est empiéter sur leur liberté… Surtout quand leur amant vient juste de s’envoler pour un mois, nondidju!

Se montrer pour se voiler la face

Trop montrer qu’on se désire, signifie parfois cacher que ça ne marche pas si bien que ça. Je suis sortie avec un Italien qui était assez époustouflant pour me culbuter sous les gradins d’un cirque, sous un pont au bord de l’autoroute (ça a failli mal tourner quand un camionneur s’est arrêté pour nous rejoindre…) et me demander une gâterie dans un
télésiège. Dés qu’on risquait d’être surpris, c’était intense. Par contre, nos petits week-ends romantiques dans
l’intimité étaient plutôt mornes et surtout: on n’avait rien à se dire. Au bout d’un moment, ça lasse… Depuis, quand je vois des petits couples qui se tripotent tout le temps et qui se lèchent la pomme pour un oui ou pour un non, je me dis que ça n’est pas spécialement bon signe.

 

(1) Aqualibi qui porte d’ailleurs bien son nom d’”alibi aquatique” pour faire toutes sortes de crasses. Je vous déconseille les bains bulles: risque de grossesse inopinée et de père inconnu, si vous voyez ce que je veux dire…

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